Sur les traces de Maître Lufua

vendredi 20 janvier 2017
par  Nzolani


A l’entrée de la Foire Internationale de Kinshasa (FIKIN), les visiteurs sont accueillis depuis 1969 par un grand batteur de Tam-tam de plus de 5 mètres de haut. La première statue sur même emplacement ne mesurait que 2, 50 mètres. Cette gigantesque sculpture est l’œuvre d’André Lufua Mawidi, le plus grand sculpteur moderne et académique d’Afrique et de la République Démocratique du Congo en particulier.

Né le 15 novembre 1925 à Yanda dans le Kongo-central à l’ouest de la RDC, à quelques minutes de marche de Nkamba, village natal du prophète Simon Kimbangu et siège officiel de l’Eglise Kimbanguiste, André Lufua a fait ses études primaires et secondaires à Ngombe-Matadi. Il a ensuite poursuivi sa formation à l’école technique et professionnelle Saint-Luc de Ngombe-Matadi en section menuiserie. Cette école a été créée en 1943 par le missionnaire Belge Marc Wallenda et transférée en 1949, à Léolpoldville, l’actuelle Kinshasa, la capitale. André Lufua est arrivé à Kinshasa en même temps que son école. C’est là qu’il a obtenu en 1951 son diplôme de sculpture, 40 ans avant l’artiste polyvalent Serge Diantantu, l’auteur de trois tomes de bandes dessinées sur la vie du Prophète Simon Kimbangu. Cette école Saint-Luc est devenue, en 1957, l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa.

L’artiste André Lufua n’est pas seulement l’auteur du « Batteur de Tam-tam », la sculpture devant laquelle les visiteurs viennent se prendre en photo, l’arche et les léopards à l’entrée du Palais Présidentiel du Mont-Ngaliema, les léopards à l’entrée de la cité de l’O.U.A comptent parmi ses œuvres les plus connues. Dans le jardin de l’ancien Gouverneur général du Congo-Belge, avant l’indépendance du pays, on pouvait admirer ses « Crocodiles cracheurs », aujourd’hui disparus, L’artiste lui-même ignore les raisons pour lesquelles ces « crocodiles » ont été démolis. Au ministère des affaires étrangères, il a réalisé une œuvre symbolisant la politique de porte ouverte et une autre un diplomate congolais. En 1967, il a représenté la République Démocratique du Congo, son pays, à l’Exposition universelle de Montréal, « l’Expo 67 ». Comme il a voyagé avec ses œuvres en bagage accompagné, Il ne pouvait en prendre davantage pour l’exposition. La même année, ces œuvres ont été exposées non loin du siège de l’Organisation des Nations-Unies à New-York.

Ce premier professeur noir agrégé de l’Académie des Beaux-arts compte parmi ses élèves des artistes aujourd’hui célèbres voire professeurs. Aussi curieux que cela puisse paraître, Maître André Lufua n’a jamais perçu ses droits d’auteur et les droits voisins pour les œuvres commandées par l’Etat congolais.

Admiré de partout, le premier Président du Sénégal, Léopold Sedar Senghor, possédait une de ses œuvres. Le Roi des Belges Baudouin 1er avait installé depuis 1959 une de ses statuettes de 30 cm de hauteur dans son bureau au palais de Laeken. Le Roi Baudouin présentait avec fierté à ses visiteurs cette œuvre. « Le batteur de Tam-tam », la plus célèbre de ses œuvres, est devenue un des emblèmes de la ville de Kinshasa. Elle a été reproduite sur les cartes postales, des timbres postaux…
Une société de téléphones cellulaires avait même utilisé sans aucune autorisation l’image de cette statue du Maître André Lufua dans une campagne publicitaire.

Quand on observe la vie et le parcours d’André Lufua, on ne peut s’empêcher de penser à Serge Diantantu.
Né en 1960, l’année de l’indépendance de son pays, à Mbanza-Ngungu, ville de la province du Kongo-Central où le Prophète Simon Kimbangu a été jugé en 1921 par un tribunal militaire avant sa déportation dans le Katanga au sud-est du pays. Serge Daniel Diantantu Sungamena a fait ses études secondaires et techniques professionnelles à Ngombe-Matadi où il a obtenu son diplôme dans la section menuiserie en 1979. Alphonse Nzolani, son grand-père maternel, né à Nsala, près de Yanda, avait organisé pour l’occasion une fête en son domicile de Ngombe-Matadi. En effet, la famille maternelle de Serge Diantantu est originaire de Nsala, village voisin de Yanda où est né André Lufua. D’ailleurs ce sont les membres de mêmes familles que l’on trouve dans ces deux villages.

De passage à Ngombe-Matadi pour son village, le Chanteur Daniel Ntesa dit Dalienst, de l’orchestre « Les Grands Maquisards », s’est arrêté chez Monsieur Alphonse Nzolani, commerçant et notable au centre-ville de Ngombe-Matadi. Dalienst Ntesa, l’auteur de « Mbanza velela », première chanson écrite sur Nkamba, nouvelle Jérusalem, a ainsi participé à la fête. Le diplôme de son homonyme Serge Daniel Diantantu en mains, il improvisa une chanson en son honneur.

Comme André Lufua, Serge Diantantu a poursuivi ses études à l’Académie de Beaux-arts de Kinshasa où il a obtenu en 1981 son diplôme en sculpture. C’est le comédien et chanteur Mangobo, l’ami de son père qui l’y avait inscrit. C’est tout à fait naturel que Serge Diantantu fasse les Beaux-arts. Car, il savait déjà dessiner avant d’apprendre à lire et écrire. Quelques jours avant son départ pour la France, Papa Diangienda, fils cadet du Prophète Simon Kimbangu et Chef spirituel de l’Eglise Kimbanguiste lui dit en ma présence qu’il travaillerait pour son père au lieu de faire de la politique comme les autres en Europe. Sur le coup, Serge Diantantu n’avait pas compris le message de Papa Joseph Diangienda Kuntima. C’est bien des années plus tard, après la mort de ce dernier qu’il eut soudain envie de réaliser des bandes dessinées sur la vie de Simon Kimbangu, le papa du Chef spirituel qui l’avait reçu dans son domicile de la rue Monkoto dans la commune de Ngiri-ngiri à Kinshasa. Le visage du Prophète lui est apparu comme dans une vision et il a facilement trouvé la documentation adéquate. Malgré la vive opposition des kimbanguistes de France, mais avec la bénédiction de Papa Simon Kimbangu Kiangani, le petit-fils du prophète et actuel chef spirituel, il a publié à ce jour trois tomes des bandes dessinées sur Simon Kimbangu.

Serge Diantantu, comme beaucoup d’artistes et admirateurs d’André Lufua, se préoccupe beaucoup de l’état de santé de celui qu’il appelle son maître. L’Etat congolais doit à ce grand sculpteur et fierté nationale plus d’un million de dollar de ses droits et royalties et devrait aussi prendre en charge ses soins médicaux.


Commentaires

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mercredi 12 avril 2017 à 14h16 - par  Vadimi

Sur le plan " reconnaissance des ARTISTES CONGOLAIS" par l’Etat du Congo Democratique, je pense que ce besoin s’etend sur tous les arts, toutes tendances confondus, des musiciens, aux comediens....etc, jusqu’au point d’apprendre que les quelques miettes des dollars que Olive Lembe, a laisse au deuil de Sans Soucis, au lieu de faire le bonheur de la veuve et orphelins, ca leur a cree plus de miseres, allant de la jalousie a la baggare intestine dans la famille de l’Illustre disparu. POURQUOI ? La faim, la misere, la jalousie....

En d’autres termes, bien que legitime, cette reconnaissance des artistes congolais a helas cede la place, au besoin ultime de resoudre les problemes de ventre creux, environmentaux, de paix, de souffrances imposes, bref situation pire que celle de l’ere colonial.

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